La digitalisation à l’épreuve du feu

Pour nous tous, la pandémie qui nous accable est un tragique bouleversement. Et pour nous autres acteurs du numérique, ses conséquences sont un véritable défi. Et ses effets bien réels. Les réseaux de télécommunications se sont rapidement encombrés, les sources d’approvisionnement en matériel high-tech se sont taries et les canaux de distribution obstrués. Les équipes, particulièrement celles s’occupant du help-desk aux utilisateurs, ont été mises à rude contribution.

La pandémie implique des formes inédites de travail, dont l’apprentissage est pratiqué de manière abrupte, par immersion. Elle impose de nouvelles manières de correspondre, de communiquer, d’interagir entre nous. A distance la plupart du temps, en inondant notre espace médiatique et notre quotidien d’une seule et même angoisse. Vous avez raison, ces soucis sont bien dérisoires face aux cas graves auxquels la population, nos autorités et tout le corps médical sont confrontés. Cependant, vu à travers la petite lorgnette du numérique, le défi qui se présente peut virer au cauchemar pour ceux qui n’y étaient préparés. Au mieux à la surcharge de leurs ressources informatiques. Au pire au collapse général.

Aurions-nous pu prévoir ce cataclysme ? La vidéo de la prestation de Bill Gates lors d’un TED de mars 2015 est bien vite devenue vir… euh, a très vite pullulé. Pour ceux qui ne l’auraient vue, elle met en scène le fondateur de Microsoft annonçant que la prochaine catastrophe humanitaire sera sanitaire. Les spécialistes le disent, les précédentes épidémies auraient dû nous mettre la puce à l’oreille.

Avons-nous les moyens techniques pour surmonter le choc ? Oui, mais à lire les nouvelles du domaine, pas toujours de manière efficace. Par exemple, en l’absence de plateforme numérique suisse centralisée pour collecter les données auprès des médecins et des hôpitaux, on n’est pas en mesure d’avoir une idée précise de l’étendue de l’épidémie.

Pourtant les technologies existent, sont matures et sont pratiquées depuis plusieurs années dans les entreprises innovantes et agiles. Le laptop a supplanté l’ordinateur fixe. Les plateformes numériques se sont multipliées. Les utilisateurs se sont formés aux outils collaboratifs en ligne. La vidéo-conférence s’est largement démocratisée. Un mots branché comme «extranet» est devenu vieillot… Et, bien avant la crise, le travail à domicile tendait déjà à se généraliser. Bref, la digitalisation est en marche.

Le monde politique s’active aussi largement. Le Canton de Genève a attribué aux milieux de la restauration durement touchés un budget pour financer l’intégration de leurs menus à des plateformes électroniques de livraison à domicile. Cette dynamique de numérisation accélérée va et doit se poursuivre dans d’autres secteurs de l’économie.

En clin d’œil ironique, je constate que cette pandémie nous impose une marche forcée vers cette digitalisation tant souhaitée mais aussi tant redoutée. Et ceci malheureusement bien plus rapidement et efficacement que tous les séminaires, manifestations et autres événements sur le sujet.

Tiens, eux aussi se sont brusquement arrêtés…

Le dernier article de Patrick Joset, paru dans le quotidien l’AGEFI.

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