L’informatique vue par … Marc Neuenschwander, directeur régional de Securiton AG

« L’informatique vue par » … est une série où nous cédons le clavier à un(e) responsable d’entreprise pour partager avec nos lecteurs son point de vue sur différents aspects de la gestion d’entreprise et l’informatique.

Pour débuter notre série, nous avons rencontré Marc Neuenschwander, directeur régional chez Securiton AG Systèmes d’alarme et de sécurité. Pour mémoire, Securiton – une entreprise rattachée au groupe Securitas – offre des solutions dans les domaines de la détection d’incendies, de la protection contre l’effraction, du contrôle d’accès, de la surveillance vidéo, du système de gestion de sécurité et de la protection d’objets mobiles.

Marc Neuenschwander, CEO de Securiton à propos de la sécurité

Quel est le métier de Securiton ?

Historiquement, nous avons bâti nos activités autour de la protection contre les effractions et les incendies. Au fil du temps, Securiton AG a diversifié ses activités tout en améliorant ses services dans ces deux métiers historiques. Aujourd’hui, la sécurité touche à :

  • la protection contre les incendies, avec des capteurs de détection
  • la protection contre les effractions (détections anti-intrusion )
  • les contrôles d’accès
  • la vidéosurveillance
  • et enfin la supervision globale de la sécurité où il est possible de superviser tous les outils de sécurité, et cela indépendamment des fournisseurs.

Une de nos particularités est que nous fabriquons certains de nos produits par nous-mêmes car il est important de maîtriser la chaîne de sécurité. Par ailleurs, nous installons, maintenons et intégrons des solutions auprès de nos clients.

Ce qui est important à saisir est que nous protégeons autant les personnes que les biens. Les technologies évoluent mais fondamentalement, les personnes demeurent au centre de notre métier: veiller à ce que leurs activités, leurs biens et leur intégrité soient préservés. Securitas emploie des agents. Nous nous utilisons des caméras et des détecteurs.

Le monde est en évolution constante. Beaucoup de secteurs font face à de forts bouleversements, telles l’hôtellerie et son « airbnb-isation» ou la finance et la fin du secret bancaire. Pour votre domaine d’activités, comment se présente le futur ? Disruption à l’horizon ?

Nous sommes actifs dans tous les secteurs de la société, souvent invisibles pourtant nous sommes présents : la santé, le recherche, l’administration, l’armée, les banques, la distribution, les transports, la culture, les écoles, la liste est longue. Disposer d’une telle diversification constitue – me direz-vous – un avantage en cas d’essoufflement de l’économie. Or, le revers de cette médaille est que nous sommes exposés aux difficultés d’un plus grand nombre de domaines différents. Il s’agit donc pour nous de rester attentif à l’évolution des besoins et des contraintes de tous nos clients. Cela constitue la toile de fond. Maintenant, de manière plus concrète, « notre » futur n’est pas très éloigné du vôtre.

C’est-à-dire ?

Notre univers de la sécurité peut se scinder en deux pôles. D’une part, vous avez celui du feu qui est réglementé ; le législateur fixe des obligations à respecter aux acteurs du domaine. A titre d’exemple, pour le canton de Vaud, l’ECA, Etablissement Cantonal d’Assurance est le garant des normes techniques.

D’autre part, le pôle de l’effraction, lui, n’est pas formellement réglementé mais fait référence à des standards déterminant le degré de protection. S’il existe des prescriptions, elles relèvent d’acteurs particuliers t.q. l’assureur définissant que toute police contre l’effraction n’est valable qu’avec l’installation de systèmes d’alarme ou de sécurité.

Maintenant, nous assistons à l’apparition d’un nouveau pôle, celui des données. Elles sont un des résultats d’une activité ; cela n’est pas nouveau en soit; la réservation d’une chambre d’hôtel a toujours donné lieu à une écriture, un appel téléphonique, une confirmation écrite. Ce qui change, à mon avis, est le caractère transmissible de ces données et leurs traitements. Et cette transmission se fait à un prix élevé et plus rapidement que par le passé. Le législateur intervient maintenant sur le registre de ces données pour définir ce que l’on peut et ce que l’on doit faire avec ce « résultat d’une activité ». La nouveauté est l’élargissement du périmètre. Si le fisc a toujours prescrit la durée de conservation des pièces comptables, le RGPD p. ex. va plus loin (le règlement européen sur la protection des données) et accorde des droits à ceux qui sont l’objet des données. Hier, nous installions une caméra dans une bijouterie ; filmer sur la voie publique – le trottoir – n’était pas un enjeu. Avec le RGPD, et demain la LPD (Loi fédérale sur la protection des données), nous ne pouvons plus installer cette même caméra sans informer notre client : quelles données sont enregistrées ? Quel espace est surveillé ? Où sont stockées les données ? Quelle signalétique ? Etc.

En résumé, notre métier ne change pas mais nous devons l’exercer avec une exigence supplémentaire, qui va concerner toute l’économie du pays.

Aujourd’hui, indépendamment de l’informatique/la cyber-sécurité, quels sont les enjeux pour vous ? Et quels sont-ils pour vos clients ?

Je ne vous surprendrais pas en vous disant que nous n’échappons pas à l’informatisation du monde. Tous les produits que nous proposons sont de plus en plus liés à l’informatique. Avec l’essor du rôle de l’informatique (objets connectés, téléphonie, etc.), nous devons intégrer à nos propres produits des solutions informatiques tierces. Et cette tendance ira en s’intensifiant. Pour faire face à la spécialisation des solutions, vous avez le choix entre : la formation de vos collaborateurs, le recrutement des spécialistes ou encore le partenariat. En fonction des exigences du marché et de vos propres contraintes, vous choisirez entre ces 3 options.

Une autre tendance est le profil de vos interlocuteurs. Historiquement, nous discutions avec les responsables de la sécurité physique (bâtiments, matériels, biens). Maintenant, nous constatons une ouverture vers des personnes issues des ressources humaines (contrôle d’accès) et de l’informatique bien évidemment (accès, flux de données, sauvegardes, etc.). La culture change et notre relation avec nos clients voit son langage évoluer.

En filigrane, il y a aussi la possibilité que des géants de l’internet décident d’entrer sur ce marché avec une offre « hybride » : le numérique (par les GAFA: Google Amazon Facebook Apple) et le matériel (par des fournisseurs locaux). Toutefois, cela ne concernerait pas tous les acteurs du marché (une banque p. ex.).

Enfin, il y a bien sûr le modèle de financement des outils de sécurité telle une caméra vidéo qui sera louée au lieu d’être vendue. L’avantage pour le client est de passer d’un investissement à des frais d’exploitation transparents. Par contre, pour nous, le client deviendra moins volatile et la qualité du service client déterminante.

On lit et parle beaucoup de la cyber-sécurité. Pour un spécialiste historique du secteur de la sécurité, quel(s) regard(s) portez-vous sur la cyber-sécurité: cyber-sécurité et sécurité, même combat ?

Si les deux domaines devaient être distincts, les frontières seraient de plus en plus ténues. Veiller à ce que les activités, les biens et l’intégrité de nos clients soient préservés serait la définition historique de la sécurité. Elle englobe donc l’informatique, ses données et ses processus. En ce sens, oui il s’agit du même « combat ».

Or, la cyber-sécurité souffre d’un manque de prise de conscience auprès des utilisateurs (individus et entreprises) car tout est « virtuel ». Nous n’avons pas conscience des flux physiques liés à l’informatique. Avec la numérisation, nous devons absolument réaliser que :

  1. nos environnements privés et professionnels reposent sur des processus informatisés
  2. la panne et/ou le dysfonctionnement – suite à une cyberattaque – affectant totalement ou en partie de ces environnements peut avoir des conséquences anodines ou graves ! L’incident anodin serait celui où le client ne peut prendre l’ascenseur car le système de gestion ne fonctionne plus. L’incident fatal serait celui où un système centralisé des dossiers patients dans un hôpital ne serait plus accessible aux chirurgiens.

En complément à la question relative aux enjeux, il faut ajouter l’association des collaborateurs/-trices à la politique de sécurité de l’entreprise comme cela se fait déjà dans l’industrie. La nouveauté réside donc dans la formation ou la sensibilisation du personnel aux rôles des données numériques et à leur importance pour le fonctionnement des entreprises.

Peut-on parler de sécurité 2.0 ?

Je dirais plutôt que la sécurité a des enfants, dont la cyber-sécurité.

Au moins de juin vous organisez une conférence dans le cadre des Ateliers de la sécurité. Cette année, vous vous intéressez à la maison intelligente. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le 13 juin nous organisons notre atelier annuel de la sécurité où nous nous intéresserons à la maison connectée. Le projet pilote NEST sera la toile de fond de nos conférences. Il sera enrichissant de porter notre regard sur les aspects sécuritaires dans les constructions du futur. Avec l’avènement des objets connectés la sécurité va s’intégrer complètement dans l’intelligence du bâtiment.

SwissTech Convention Center, EPFL 13 juin à 16h30 (d’autres informations suivront). Pour se tenir informé, veuillez s’il vous plaît nous communiquer votre adresse email à info@securiton.ch ! 

No Comments

Laissez votre avis

Autres articles du blog